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sa parution en 1988, Le Boucher a tout de suite rencontré un
grand succès. Revendiqué et défendu comme un roman par Alina
Reyes, il a nourri le débat toujours d'actualité sur la place
du texte érotique ou pornographique dans la littérature.
Pour moi, la question
de la pornographie est ici hors champ.
Si Le Boucher emploie des mots crus, directs, il va bien au-delà
d'un simple exposé sur le sexe, ou d'un manuel de sexualité
pour jeune fille. Il est avant tout un témoignage de cette nécessité
que nous avons de comprendre le monde et nous-mêmes. Le sexe
est ici un moyen d'y parvenir.
Au fur et à mesure du travail, ce texte est apparu surtout comme
un conte initiatique, au même titre que Le petit chaperon rouge
qui doit surmonter des épreuves jusqu'à être mangé par le loup
et renaître. La jeune fille du boucher connaît un parcours similaire.
Le Boucher m'accompagne
depuis douze ans. Je n'avais jamais eu l'idée de le transposer
au théâtre. La rencontre avec Flore Grimaud - la comédienne
- a été révélatrice.
La compagnie s'est reformée autour de ce projet. Toujours la
même depuis sa naissance : Alexandre Martre (lumière), Christophe
Perruchi (univers sonore), Olivier Thomas (décor), et un nouveau
venu, Olivier Bickart (co-adaptateur). Nous avons rêvé, réfléchi
ensemble. Ensuite, chacun a travaillé avec son propre outil
à la transposition du roman à la représentation théâtrale. A
ce désir d'intimité avec le public. A l'écoute de ces mots qui
enivrent, de ces corps qui chavirent, de cette « chair qui est
notre guide, notre lumière noire et dense, le puits d'attraction
où notre vie glisse en spirale sucée jusqu'au vertige. »
Alexandra Tobelaim
Le pouvoir des mots
Il y a maintenant
un peu plus d'un an que nous avons commencé à travailler sur
Le Boucher. La première étape de ce travail a été jouée le 15
janvier 2002 au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence.
A la naissance du projet, ce qui nous intéressait dans la transposition
de ce roman au théâtre, c'était le rôle que tenait le langage,
la place centrale qu'occupaient les mots. Ceux chuchotés par
le boucher ont un pouvoir dévastateur, salvateur. Ils sont à
l'origine de tout.
Il nous semblait important de montrer les réactions que peut,
seule, provoquer la parole.
Les mots du pouvoir
Une année s'est écoulée.
Certains mots détruisent ou interdisent. Le pouvoir des mots,
dits ou non dits, se vérifie chaque jour. Nous savons que les
mots peuvent construire, nous voulons continuer à les défendre
et nous poser la question de leur usage.
Pour notre génération qui n'a connu que la liberté de parole,
les mots interdits ne sont pas des souvenirs, mais des menaces.
Perpétuons cette liberté qui nous a été léguée.
Veillons à pouvoir dire tous les mots.
Soyons vigilants face à certains mots dits.
Olivier Bickart,
Flore Grimaud, Alexandre Martre, Christophe Perruchi, Olivier
Thomas, Alexandra Tobelaim |