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du 9 mars au 11 avril 2004
L'OMBRE DE MART

 

photographe : Raphaëlle Ricol


Le thème central de mon œuvre est l’angoisse de l’homme moderne face à une conception du monde qui s’écroule. Mais j’essaie aussi de penser à une solution et je crois qu’une des possibilités de salut consiste à ne pas se laisser vaincre par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts.
Connaissance, conscience et raison voilà les trois composantes idéales sur lesquelles peut s’édifier la vie moderne.

Stig Dagerman

 

J'ai connu Stig en 1947, alors que sa première pièce de théâtre Le Condamné à Mort était créé au Théâtre Dramatique de Stockholm. Il participait fréquemment aux répétitions et se trouvait souvent au théâtre. Nous qui répétions d'autres pièces le rencontrions constamment dans les couloirs, les escaliers ou la cafeteria. C'était alors un jeune homme mince, aux cheveux ébouriffés, avec, en permanence, une cigarette au coin de la bouche ou dans la main. Il avait un regard intense, mais baissait la plupart du temps les yeux quand on lui parlait. Plus tard, il expliquera qu'il avait du mal à regarder les gens droit dans les yeux. Il se sentait déshabillé, avait l'impression qu'ils regardaient au plus profond de lui. Il avait des mains sensibles, nerveuses, dont il se servait volontiers pour souligner et appuyer ce qu'il avait à dire. Mais le plus souvent, il préférait écouter et laissait parler les autres. Un trait remarquable chez Stig était sa conscience extrêmement vulnérable et son immense tendresse à l'égard d'autrui ; il avait toujours peur de blesser. Un jeune homme sensible et intelligent, qui écoutait ce qu'on lui disait et qui était tout rempli de tact et d'amour. Tous l'aimaient, évidemment.

Anita Björk,
actrice suédoise, mariée à Stig Dagerman en 1950

 

 

Je m’assieds près de la barrière et je regarde les femmes passer à bicyclette, vêtues de robes chamarrées. Passer… Mais je sais qu’un jour, l’une d’elles freinera, sautera de sa bicyclette devant la barrière, courra vers moi et me soulèvera dans ses bras. Ce sera ma mère, elle que je n’ai jamais vue.

Stig Dagerman
extrait tiré de
Dieu rend visite à Newton

photographe : Philippe Maupetit

 

 

" Maman j'ai peur, je suis si seul maintenant."
Gabriel dans L’Ombre de Mart

 

On ne peut pas séparer la vie et l’œuvre de Stig Dagerman, immense écrivain suédois qui s'est suicidé à l'âge de trente et un ans en 1954. Dans la pièce L'Ombre de Mart écrite en 1947, c'est tout d'abord d'une expérience intime dont il s'agit. Le héros Gabriel, mal aimé par sa mère qui préférait son autre fils mort à la guerre, tente de se construire et de surmonter sa blessure originelle. Tous les héros de Dagerman sont ainsi "brûlés" dès leur enfance, tout comme l'était leur auteur. Ils aiment désespérément sans jamais pouvoir trouver l'harmonie rédemptrice. C'est le cas de Gabriel qui aime sans être aimé en retour.

Dans le monde de Dagerman, il n'existe finalement que la culpabilité et la peur. C'est pourquoi pour continuer à vivre Gabriel est voué à commettre l'irréparable en tuant sa génitrice. Après cet acte effroyable, il se retrouve face à lui-même et ne peut que prononcer ces paroles : " Maman j'ai peur, je suis si seul maintenant."

L’Ombre de Mart est la tragédie d’un jeune homme, éternel perdant, écrasé par l’ombre de son frère. Le monde littéraire de Stig Dagerman se décline souvent au masculin, les hommes sont les véritables dépositaires de ses idées, les véritables protagonistes de son théâtre intime. La femme est objet de désir et cause d’échec.

L’Ombre de Mart est aussi une réflexion profonde sur la guerre et ses ambiguïtés. L’héroïsme du fils mort à la guerre, Mart, est sans cesse confronté à la lâcheté du fils vivant, Gabriel, qui lui, n’a pas fait la guerre.
La pièce peut se lire comme une variation sur le culte du héros mort.
Dans un espace abstrait, les mots de Dagerman deviennent la chair même des personnages, lieu d'un théâtre dédramatisé où le poème affleure.

Jacques Osinski

 

photographe : Philippe Maupetit


Compagnie La Vitrine

La compagnie La Vitrine est créée en 1991 pour la création de l'Ile des Esclaves de Marivaux.
Elle crée ensuite La foi, l'amour, l'espérance de Ödön Von Horvath présenté au centre Culturel La Clef à Paris.
Puis Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler représenté au Théâtre Victor Hugo à Bagneux.

La compagnie, ensuite, a travaillé sur un texte norvégien : La Faim de Knut Hamsun.
La création a eu lieu au Festival d'Alès, et a obtenu le Prix du Public et de la Jeune Critique. Ce spectacle a été repris au Théâtre de la Cité Internationale, en tournée en région parisienne et en province.

C'est avec Sladek soldat de l'armée noire de Ödön von Horvath, que la compagnie La Vitrine reçoit l'Aide au Projet de la DRAC Ile de France. Le spectacle est créé au 8èmes Rencontres Internationales de Théâtre de Dijon en mai 1997, repris au Théâtre de Genevilliers en Janvier 1998 et aux Rencontres Charles Dullin en Février 1998.

photographe : Philippe Maupetit

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