"
Maman j'ai peur, je suis si seul maintenant."
Gabriel dans LOmbre de Mart
On
ne peut pas séparer la vie et luvre de Stig
Dagerman, immense écrivain suédois qui s'est suicidé
à l'âge de trente et un ans en 1954. Dans la pièce
L'Ombre de Mart écrite en 1947, c'est tout d'abord
d'une expérience intime dont il s'agit. Le héros
Gabriel, mal aimé par sa mère qui préférait
son autre fils mort à la guerre, tente de se construire
et de surmonter sa blessure originelle. Tous les héros
de Dagerman sont ainsi "brûlés" dès
leur enfance, tout comme l'était leur auteur. Ils aiment
désespérément sans jamais pouvoir trouver
l'harmonie rédemptrice. C'est le cas de Gabriel qui aime
sans être aimé en retour.
Dans
le monde de Dagerman, il n'existe finalement que la culpabilité
et la peur. C'est pourquoi pour continuer à vivre Gabriel
est voué à commettre l'irréparable en tuant
sa génitrice. Après cet acte effroyable, il se
retrouve face à lui-même et ne peut que prononcer
ces paroles : " Maman j'ai peur, je suis si seul maintenant."
LOmbre
de Mart est la tragédie dun jeune homme, éternel
perdant, écrasé par lombre de son frère.
Le monde littéraire de Stig Dagerman se décline
souvent au masculin, les hommes sont les véritables dépositaires
de ses idées, les véritables protagonistes de
son théâtre intime. La femme est objet de désir
et cause déchec.
LOmbre
de Mart est aussi une réflexion profonde sur la
guerre et ses ambiguïtés. Lhéroïsme
du fils mort à la guerre, Mart, est sans cesse confronté
à la lâcheté du fils vivant, Gabriel, qui
lui, na pas fait la guerre.
La pièce peut se lire comme une variation sur le culte
du héros mort.
Dans un espace abstrait, les mots de Dagerman deviennent la
chair même des personnages, lieu d'un théâtre
dédramatisé où le poème affleure.
Jacques
Osinski

photographe
: Philippe Maupetit
Compagnie La Vitrine
La compagnie La Vitrine est créée en 1991 pour
la création de l'Ile des Esclaves de Marivaux.
Elle crée ensuite La foi, l'amour, l'espérance
de Ödön Von Horvath présenté au centre
Culturel La Clef à Paris.
Puis Mademoiselle Else dArthur Schnitzler représenté
au Théâtre Victor Hugo à Bagneux.
La
compagnie, ensuite, a travaillé sur un texte norvégien
: La Faim de Knut Hamsun.
La création a eu lieu au Festival d'Alès, et a
obtenu le Prix du Public et de la Jeune Critique. Ce spectacle
a été repris au Théâtre de la Cité
Internationale, en tournée en région parisienne
et en province.
C'est
avec Sladek soldat de l'armée noire de Ödön
von Horvath, que la compagnie La Vitrine reçoit l'Aide
au Projet de la DRAC Ile de France. Le spectacle est créé
au 8èmes Rencontres Internationales de Théâtre
de Dijon en mai 1997, repris au Théâtre de Genevilliers
en Janvier 1998 et aux Rencontres Charles Dullin en Février
1998.

photographe
: Philippe Maupetit