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À
la source, Aram Andonian
Le 24 avril 1915, à Constantinople, capitale de lEmpire
ottoman, 600 notables et intellectuels dorigine arménienne
sont arrêtés sur ordre du gouvernement. Aram Andonian
est lun des seuls survivants de cette rafle, qui marque
le début de la destruction systématique des Arméniens
de Turquie par le pouvoir turc. Sujet ottoman dorigine
arménienne, écrivain et journaliste, Andonian
est lauteur de La Guerre des Balkans, publié en
1913 à Constantinople.
Entre 1916 et 1919, dans des conditions extrêmement difficiles
puisquil est lui-même déporté et sans
cesse menacé de mort, il se consacre à recueillir
les témoignages des déportés des déserts
de Syrie et de Mésopotamie. Cest surtout à
Alep (en Syrie), où il peut rester dissimulé durant
des mois à lHôtel Baron, sous la protection
des frères Mazloumian, quil recueille le plus de
matériaux relatifs à lextermination de ses
compatriotes.
De retour à Constantinople en 1919, il publie ses deux
uvres principales : Le grand crime (Medz Odjire), qui
constitue la première présentation systématique
de témoignages et de documents sur le génocide,
et En ces jours sombres (Ayn sev orerun), un recueil de six
nouvelles inspirées par les atrocités auxquelles
il a assisté, écrites directement à lépoque
de la déportation, sous les tentes du désert de
Syrie. Ces livres font de lui lun des rares écrivains
arméniens à avoir expérimenté le
double exercice décriture du témoignage
et de la fiction.
Exilé à Paris, Andonian est chargé, en
1928, de la mise en place de la bibliothèque Nubar, dont
il devient le premier conservateur et où sont aujourdhui
déposés les témoignages quil a recueillis.
Ces Matériaux pour lhistoire du génocide
ont été en partie traduits de larménien
et publiés par Raymond Kévorkian dans la Revue
dHistoire arménienne contemporaine en février
1998.
Ce sont des extraits de ces témoignages qui composent
la partie historique du texte dErmen, titre provisoire.
Ils portent sur une phase spécifique, et peu étudiée,
du génocide : les déportations dans les camps
de concentration de Syrie et de Mésopotamie. Après
avoir exterminé sur place ou réuni en longs convois
et déporté vers le Sud les populations arméniennes
des provinces orientales de lEmpire durant les mois davril,
mai et juin 1915, le pouvoir Turc sattaque, début
juillet, à la deuxième phase de son plan : lexpédition
dans des camps de concentration en Syrie des Arméniens
établis en Thrace, dans louest de lAsie Mineure
et en Cilicie.
Convoyés vers Alep à pied ou dans des wagons à
bestiaux, battus, rançonnés, torturés en
route, victimes de massacres organisés, ils sont transférés
de camps en camps dans le désert de Syrie, sans vivres
et sans eau. Les témoignages recueillis par Andonian
portent sur les conditions dans lesquelles se sont effectuées
les déportations, nous font entrer dans lunivers
concentrationnaire des déserts et nous permettent de
voir de lintérieur la vie quotidienne des déportés.
Parmi les quelque 870 000 déportés parvenus dans
les déserts de Syrie et de Mésopotamie, on estime
à 240 000 le nombre de rescapés à la signature
de larmistice à lautomne 1918, soit 630 000
morts.
Au total, les deux tiers des Arméniens de Turquie, soit
environ 1,2 million de personnes, auront péri assassinés
entre 1915 et 1916.
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