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Chronologie
du génocide arménien
Depuis le XVIème siècle lArménie
est partagée entre lEmpire ottoman et la Perse.
Lunité de la société arménienne,
éclatée dans lespace, est assurée
par lÉglise chrétienne, seule institution
légale commune aux Arméniens.
21 mars 1828. La Russie annexe une partie du
plateau arménien, notamment les régions dErevan
et du Nakhitchévan, jusqualors sous domination
perse. LArménie orientale passe sous domination
russe. La question des frontières entre Russie et Empire
ottoman restera litigieuse jusquau XXème siècle.
24 avril 1877. Déclaration de guerre
de la Russie à la Turquie. Victoire des armées
tsaristes.
3 mars 1878. Signature du Traité de
San Stefano. Larticle 16 prévoit lobligation
pour la Sublime Porte de procéder à des réformes
dans les provinces arméniennes, soumises à des
exactions et à une insécurité de moins
en moins supportée par des Arméniens en plein
éveil national.
6-13 juillet 1878. Traité de Berlin.
Il ne prévoit aucune cession majeure de territoires arméniens
à la Russie. Larticle 16 est transformé
en article 61 qui stipule un simple engagement de la Turquie
à procéder à des réformes. Cet article
constitue néanmoins la première consécration
officielle de la question arménienne.
1894-1896. Face à ces revendications
de réformes, terribles répressions et massacres
de la minorité arménienne sous domination turque
(300 000 victimes). Réactions purement verbales des grandes
puissances européennes.
26 août 1896. Prise de la Banque Ottomane
par un groupe de révolutionnaires Arméniens afin
dattirer lattention des grandes puissances sur la
situation désastreuse des Arméniens dans lEmpire
ottoman. Cette action est suivie dun massacre à
Constantinople le 27 août. Environ 7000 victimes.
1908. Le comité Union et Progrès,
constitué par les Jeunes Turcs, prend le pouvoir de lEmpire
ottoman.
1909. Abandonnant leur programme libéral,
les Jeunes Turcs prônent un panturquisme ultra nationaliste.
Du 14 au 25 avril 1909. Massacres dArméniens
à Adana. Près de 20 000 morts.
En 1914, la population arménienne de
lEmpire ottoman est évaluée à 2 100
000 personnes.
2 août 1914. Début de la première
guerre mondiale. LEmpire ottoman se range aux côtés
de lAllemagne, contre la France, la Grande-Bretagne et
surtout la Russie.
Les Arméniens se trouvent donc répartis entre
les belligérants
Janvier 1915. Larmée russe envahit
lAsie Mineure. Défaite des troupes turques, qui
battent en retraite. Les autorités ottomanes décrètent
la démobilisation et le désarmement des Arméniens
de Turquie, en prétendant ces derniers coupables dêtre
favorables aux envahisseurs.
De février à avril 1915. Massacres
et exécutions de plusieurs bataillons arméniens
de larmée turque par larmée turque,
en particulier à Zeïtoun.
20 avril 1915. La population de Van, en majeure
partie arménienne, se soulève contre ces massacres
et proclame un gouvernement arménien autonome. Les autorités
turques saisissent ce prétexte pour lancer la destruction
de tous les Arméniens de Turquie.
24 avril 1915. Arrestation, déportation
et mise à mort de 600 intellectuels et notables arméniens
de Constantinople.
Du 27 avril au 19 août 1915. Vagues dexécutions,
de massacres et de déportations des Arméniens
des provinces orientales à travers toute la Turquie.
Première phase du génocide. Arrestation, torture
et exécution sommaire des élites, puis déportation
du reste de la population femmes, enfants, vieillards
parfois massacrée dès la sortie des villes
et des villages, le plus souvent traînée vers les
déserts de Syrie et dIraq, sans eau ni nourriture,
à travers des steppes arides ou des sentiers de montagne,
déshumanisée par les sévices et les exactions
des gendarmes. Viols, mutilations sexuelles, tortures, assassinats
sont perpétrés par des prisonniers de droit commun
kurdes, tcherkesses et tchétchènes, libérés
pour loccasion. Suicides de familles entières.
Les rares survivants parvenant à destination sont transférés
dun camp à lautre dans le désert,
parfois brûlés vifs, le plus souvent tués
par la faim, le froid, la maladie, les mauvais traitements.
À lautomne 1915, environ 800 000 Arméniens
ont été exterminés.
16 mai 1915. Loi du 16 mai, prévoyant
linstallation de réfugiés Turcs dans les
demeures et sur les terres des Arméniens déportés.
Automne 1915-automne 1916. Deuxième
phase du génocide. Massacres et déportations des
autres Arméniens de lEmpire, soit ceux de Cilicie
et des provinces occidentales, dans les déserts de Syrie
et de Mésopotamie. Emmenés par chemins de fer,
dans des wagons à bestiaux pour lesquels ils doivent
payer, puis acheminés à pied selon les mêmes
méthodes que celles employées précédemment.
Environ 630 000 morts, dont près de 200 000 massacrés
dans les régions de Ras ul-Aïn et de Deir-Zor
30 octobre 1918. Capitulation de lEmpire
ottoman face aux Alliés.
Estimation du nombre des victimes du génocide : 1 200
000, les deux tiers de la population arménienne de lEmpire.
Novembre 1918. Fuite des dirigeants Jeunes
Turcs. Mehmet VI sera le dernier sultan à diriger la
Turquie.
17 octobre 1919. À la Conférence
de la Paix à Paris, la Turquie admet explicitement les
massacres survenus dans les provinces de lEst et la responsabilité
des dirigeants turcs. Le grand Vizir déclare quil
sest produit contre les Arméniens « des méfaits
qui font trembler pour toujours la conscience de lhumanité
».
Janvier 1920. Les dirigeants Jeunes Turcs Talaat
Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha sont condamnés à
mort par contumace par un tribunal turc.
10 août 1920. Signature du Traité
de Sèvres. La Turquie admet explicitement la réalité
des massacres et déportations et sengage à
procéder à des réparations. La république
arménienne, indépendante depuis le 28 mai 1918,
est transformée en république socialiste soviétique
dArménie.
16 mars 1921. Le dirigeant Jeune Turc Talaat
Pacha, lun des principaux responsables du génocide,
est assassiné à Berlin, où il sétait
réfugié, par Soghomon Téhlirian, un jeune
Arménien. Celui-ci sera acquitté par la justice
allemande.
Le procès Téhlirian est lun des derniers
actes juridiques reconnaissant le crime. Car la situation se
modifie sur le terrain, en Turquie. Un gouvernement nationaliste
dissident, constitué à Ankara en 1919 sous la
conduite dun officier, Mustapha Kémal, et visant
la préservation de lintégrité territoriale
de la Turquie, entreprend la prise du pouvoir. Nouveaux massacres
perpétrés contre les réfugiés arméniens
revenus dans leurs foyers. Les survivants sont condamnés
à lexil et à la dispersion.
25 avril 1923. Loi sur « les propriétés
abandonnées » qui prévoit la confiscation
de tous les biens abandonnés par les Arméniens
absents du pays, quels que fussent la date, le motif et les
conditions de leur départ.
24 juillet 1923. Au traité de Lausanne,
qui remplace le Traité de Sèvres, la Turquie est
représentée par le gouvernement nationaliste.
Ni lArménie ni les Arméniens ny sont
mentionnés.
Octobre 1923. Mustapha Kémal élu
président de la république turque.
Depuis 1923, la nouvelle république kémaliste
a toujours nié la culpabilité de la Turquie. Se
présentant comme un État moderne, laïc, en
rupture totale avec lEmpire ottoman, elle sest bâtie
sur le mythe dune nation turque unitaire, présente
en Anatolie depuis lorigine des temps, excluant les Arméniens
du passé ottoman.
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