Ermen, titre provisoire


 

 

 
 
 
 
 
 
 

 


 

Mémoire et Histoire

Reconnaissance du crime en 1918, justification de celui-ci au nom de la création d’un État national turc à partir de 1923, occultation totale après la deuxième guerre mondiale : l’attitude de l’État turc face au génocide a évolué avec le temps.

On est passé de la négation de l’existence des victimes à la transformation des victimes en bourreaux ; de la minimisation des chiffres à leur relativisation par comparaison avec les victimes turques de la guerre ; de la légitimation par une prétendue insurrection en temps de guerre à une interprétation en termes de conflit intercommunautaire mettant sur le même plan agresseurs et agressés ; de la discréditation des témoins, partiaux car chrétiens, à celle des archives occidentales, censées être moins fiables que des archives ottomanes à l’accès soigneusement restreint.

Ce négationnisme n’est pas le fait d’individus mais de l’État turc, qui y a consacré des moyens à la mesure de l’enjeu : centres de recherche, sites internet, services de presse des ambassades, littérature de propagande généreusement distribuée, pressions sur ses alliés de l’OTAN au nom d’intérêts économiques ou stratégiques, lobbying auprès des États et des organisations internationales, pressions sur les éditeurs et les chercheurs.

À cette politique négationniste est venue s’ajouter une polémique sur l’utilisation ou non du mot génocide, polémique réactivée aujourd’hui par la question du recours ou non à ce terme pour d’autres crimes commis à travers l’histoire, et par la tendance récente à légiférer pour trancher d’événements historiques complexes.

Forgé en 1944 par le juriste américain Lemkin pour définir les crimes nazis envers les Juifs et les Tsiganes, le terme génocide est donc, au mieux, taxé d’anachronique par ceux qui refusent son emploi, même si, désignant la destruction intentionnelle d’une nation ou d’un groupe ethnique, il s’applique point par point aux événements de 1915.

La négation du génocide a été vécue comme une seconde mort par les survivants et leurs descendants. Depuis le cinquantenaire (24 avril 1965), commémoré tant en Arménie soviétique que dans la diaspora, la reconnaissance du génocide par la Turquie et par la communauté internationale est devenue une revendication prioritaire d’une nouvelle génération soucieuse du droit à la mémoire. Le combat s’est déroulé sur le terrain de l’histoire, de l’action diplomatique et de la lutte armée.

En 1995, la Russie a reconnu le génocide arménien. La France a fait de même en 2001. Mais c’est en Turquie que se situe aujourd’hui l’essentiel de l’enjeu. Rappelons que pour avoir affirmé en février 2005 que « trente mille Kurdes et un million d’Arméniens ont été tués en Turquie », l’écrivain turc Orhan Pamuk, tombant sous le coup de l’Article 301 du nouveau code pénal, a été accusé par le tribunal de Sisli « d’insulte délibérée à la nation ». L’affaire est en cours…

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