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Prendre
la Parole
« Je suis venu pour témoigner de la vérité
est-ce là de la littérature ? » se demande
le narrateur du Drapeau Anglais dImre Kertész.
Comment rendre compte de lindicible ? Comment dire ? Comment
écrire ? Que transmettre ? Fiction ou témoignage
? Récit ou poésie ? Parole ou silence ?
La question sest posée aux rescapés des
grands génocides du siècle, elle se pose aujourdhui,
différemment, pour leurs descendants. Avec une spécificité
pour le génocide arménien, qui redouble la difficulté,
qui rend plus complexe encore lémergence de la
parole : à la tentative délimination dun
peuple de ses membres, de sa culture, de son histoire
sajoute ici lorganisation de leffacement
du crime lui-même.
La négation du crime est lune des composantes du
crime. Nier que ce qui a eu lieu a vraiment eu lieu est une
façon de détruire à linfini les victimes
et leurs héritiers.
« Au temps du déni, le présent pour les
survivants et les héritiers dun génocide
ne peut plus se composer que dactes de présentification
du passé, cest-à-dire de répétition
de ce passé pour empêcher que ce passé qui
a eu lieu ne disparaisse en transformant les morts de ce génocide
en des morts nayant jamais existé. Des morts dont
le deuil est, de ce fait, rendu impossible».
Ermen, titre provisoire fait entendre la voix de victimes du
génocide, et celle de lun de leurs descendants,
né en France. Façon daccorder aux morts
ce qui leur est dû. Façon de rendre la parole aux
vivants.
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