| Les
30 ans du Théâtre du Fust
Pourquoi
un diptyque ?
Pour un trentième anniversaire,
il faut revenir en arrière, mais pas trop,
et montrer le présent, mais pas seulement !
Il nous aurait coûté de jouer un seul spectacle,
et lequel? Lancien? Le nouveau? Chacun trop particulier
dans notre parcours.
Les deux spectacles sont nécessaires, non seulement pour
faire un tour dhorizon complet de presque tous les types
de marionnettes, mais aussi pour affirmer notre « petite
manière » en duo, en dehors des créations
pour grand plateau de théâtre et de linépuisable
déclinaison des Castelets. A dix ans décart,
notre répertoire affirme la connivence de la marionnette
avec les formes brèves, les petites touches dhumeur,
les incursions dans de grands sujets impossibles à traiter
exhaustivement. La marionnette les abordera sans méthode
didactique, confiant aux espaces et aux matériaux, de
la scénographie à la musique, une part de discours
implicite.
Le propos sen tient à sa cohérence esthétique,
laissant fonctionner les anecdotes et les petites actions assez
« fantaisistement », car nous aimons divertir et
donner aliment à lesprit, comme certains médicaments,
à diffusion retardée.
Dans « La Disparition de Pline », des petits
philosophes vont développer tous les comportements humains
de refus du réel entre un « univers lisse »
(verre en miroir) et un « univers opaque et rugueux »
assez abstrait.
Euxmêmes sont assez stylisés. La pensée
matérialiste de Clément Rosset sélabore
à partir dobservations concrètes, et dexemples
cocasse suggérés par lauteur, ou inventés
par nous, mais qui concernent tout un chacun, depuis la nuit
de la caverne platonicienne !
La réflexion embrasse le champ de la spéculation
philosophique, pas moins.
« Merci pour Elles », créé
dix ans plus tard, met en travaux pratiques les leçons
de Rosset. Le champ dobservation est limité à
des faits de société : une sélection dattitudes
féminines, dans lespoir den dégager
quelques constantes et des relations de causes à effet
amusantes. Or aucune conclusion générale ne peut
être tirée dobservations faites au plus près
de lactualité.
Chaque personnage construit son illusion, selon des modèles
de bonheur établis au fil des époques. Pour la
stabilité sociale, et depuis peu pour le profit commercial.
La seule femme qui résiste nest pas écoutée,
et sappelle Cassandre, car il était tentant délargir
la portée de ce personnage par son archétype,
les autres personnages en restant cruellement démunis
!
Leur apparence, liée à un contexte socio-historique
donné, est plus réaliste, et complétée
par le costume. La précision du figuratif, presque télévisuelle,
est importante en contraste avec les trois crinolines de tulle
noir qui forment des espaces convexes ou concaves pour le déroulement
de saynètes.
La transparence du tulle voile ou dévoile les images
en dosant la réalité des personnages.
Cette esthétique fut plus inconfortable que les espaces
du Pline, mais il était essentiel de quitter les lignes
droites et constructivistes chères à Nicolas Valantin
pour ce sujet là ; sa proposition fut séduisante,
et comme pour Pline, un vrai défi technique.
Émilie
Valantin
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