L'Échange

 


 

 

 
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L'Échange selon Paul Claudel


"Ne donnez jamais rien pour rien"
Thomas Pollock Nageoire.


"La chimie moderne a découvert des substances qui du seul fait de leur présence, elles-mêmes intactes, déterminent la combinaison d'éléments autrement indifférents l'un à l'autre. C'est ce que l'on appelle des catalyseurs. Des catalyseurs, il y en a aussi entre les âmes. Voici l'un d'entre eux, acteur inerte, exposé sur une table boiteuse, au milieu de cette pièce appelée précisément L'Echange. C'est l'argent. L'argent ou possibilité d'autre chose. Le moyen quasi mystique de se procurer autre chose.

L'"Agent de change", Thomas Pollock, est l'officiant solennisé par le destin pour présider à tout ce qui peut résulter d'une comparaison entre les valeurs. Pourtant serait-ce en vain qu'il a fait foisonner cette liasse verte - dollars! - aux yeux d'un sauvage doué d'une absence, disons congénitale, de poches? Elle garde sa puissance de suggestion, irrésistible. Louis Laine, dernier représentant d'une race condamnée, en qui s'accroît peu à peu l'appel de l'horizon et de la mort, est allé chercher là. bas, de l'autre côté de l'Océan, le seul être, Marthe, une femme, qui ait le pouvoir en même temps que la vocation de l'arracher à sa pente. Mais dans nos grandes villes elles-mêmes manque-t-il aussi de sauvages, c'est-à-dire d'irréductibles, engagés dans la protestation, est-elle complètement illégitime? de l'individu contre la règle? Ce drame, L'Echange, nous montre un de ces conflits, où les amants, malgré une attraction réciproque, née précisément de la contrariété, sont séparés par des intérêts divergents. Marthe est la raison, la vertu, le salut, l'avenir symbolisé par cet enfant qu'elle porte dans son sein. Mais celle-ci à son opposé dans le jeu des Quatre Coins, celle-ci, Lechy Elbernon, qui est l'Imagination, l'Inconnu, qu'elle est forte sur une jeune âme obscure! Akkeri ekkeri ukkeri an ! La voici qui procède à une redistribution des rôles.

Ne sommes-nous pas les uns aux autres nos propres Parques ? "


Paul Claudel (1952), "Mercure de France"


“L’esclavage où je me trouvais en Amérique m’était très pénible, et je me suis peint sous les traits d’un jeune gaillard qui vend sa femme pour recouvrer sa liberté. J’ai fait du désir perfide et multiforme de la liberté une actrice américaine, en lui opposant l’épouse légitime en qui j’ai voulu incarner la passion de servir."


Paul Claudel, Lettre à Marguerite Moreno, 29 avril 1900

 

Voir aussi :

Lettre à Jean-Louis Barrault
Lettres à Jacques Copeau