Une Orestie

 

 

 

 
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Note d'intention

 

Ma chère Julie,

Nous répétons l’Orestie à Marseille, et je regrette bien de ne pouvoir partager avec vous cette réunion autour de la programmation de l’Aquarium. Pour nous ici, chaque journée compte, car la route à parcourir n’est pas courte…

J’avais commencé à t’écrire pour te parler de notre travail de ces jours-ci. Et la lettre s’allongeait, s’allongeait… Il y en aurait eu pour toute la soirée. Il faut dire que travailler l’Orestie est encore plus prenant et enthousiasmant que prévu. On attend ça – en tout cas pour moi – presque toute une vie. On hésite à se lancer dans cette montagne. On a un peu peur. On fait un travail préparatoire de tous les diables. On ne se sent jamais assez prêt. Et puis, il faut bien démarrer un jour, avec ces jeunes acteurs de l’ERAC qui, eux, n’auront pas attendu toute une vie.

Et puis, tout va bien. On s’aperçoit qu’on a tout de même sacrément mijoté le projet. Tous les jours on vient prendre une leçon d’art dramatique avec le vieil Eschyle, frais comme un gardon dans son enfance de théâtre. On revient aux sources, à toutes les sources : celle de la dramaturgie la plus radicale et la plus simple ; celle de l’humanité qui s’extirpe des temps obscurs ; celle de la politique et de la démocratie qui naît un beau jour à Athènes, sous l’impulsion d’une jeune déesse utopiste. Notre démocratie a pris un bon coup de vieux, mais c’est justement aujourd’hui que le spectacle de son aurore nous est salutaire, je crois.

Bon, me voilà reparti pour écrire un livre !... Je m’arrête.

Ah oui, mais j’oubliais : il y a aussi ces jeunes gens formidables, une belle promotion de l’école, vraiment, collectivement et individuellement. Il y a encore le texte de Peter Stein – traduit de l’allemand par Bernard (Chartreux) – un texte si direct, si concret, et qui pour autant ne perd rien en poésie.

J’appelais cela « Une Orestie », par modestie et par prudence. Mais je sais maintenant, si tout continue comme ça, que c’est bel et bien L’Orestie que nous allons vous apporter.

J’ai hâte de vous rejoindre et de travailler dans l’espace de l’Aquarium. Salue amicalement de ma part tous ceux et celles qui sont avec toi ce soir. Rendez-vous en Février pour fignoler le spectacle, et en Mars pour les représentations.

Jean-Pierre Vincent
Lettre à Julie Brochen pour la présentation du spectacle au public du théâtre de l’Aquarium lors de la présentation de la saison- 21 Janvier 2007

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