Histoire vraie de la Périchole

 


 

 

 
Réservation au
01 43 74 99 61
 
 
 
 
 
 
 
 

 

"Seule la tragédie, me dit-il, peut immortaliser une comédienne. Lorsqu'elle ne joue que la comédie, une actrice ne saurait être divine, elle reste simplement humaine. Le temps efface le souvenir des femmes qui font sourire, tandis qu'un homme n'oublie jamais celles qui l'ont fait pleurer. Il faut jouer des tragédies, Mademoiselle, si vous voulez être éternelle."
La Périchole - Bertrand Villegas, éditions Lattès

 

Micaela de Villegas est née à Lima quelques années après l'écrasement tragique d'une révolte indienne, elle meurt deux ans avant la proclamation de l'indépendance du Pérou... un personnage historique... à la charnière de deux mondes.

La tragédie de la Périchole ou ce que nous appelons déjà "sa vraie histoire" inspirée de l'histoire de sa vie, racontée par Bertrand Villegas, son descendant, est la tentative théâtrale de réunir sur scène le livret, la pièce et le roman.

Tchékhov disait que le théâtre « est une amante tapageuse et sophistiquée ». Il a commencé d’écrire après avoir vu La Belle Hélène d’Offenbach. J’ai été quant à moi surprise et déconcertée de me passionner pour l’écriture de Labiche et Delacour en montant il y a douze ans La Cagnotte.

«A la fin du 2nd Empire, (…) seule la verve est acceptée parmi les vrais talents. L’idéal à atteindre, le but ultime vers où l’on tend, l ‘état de grâce que l’on souhaite, c’est s’amuser. (…) Pas le temps de s’arrêter pour réfléchir entre les rires, même si le fond est plus féroce que la forme (Labiche) ou l’homme plus complexe que son œuvre (Offenbach) » écrit Pierre Enckell.
Le Second Empire entre le rire et l’hypocrisie», in l’Avant-scène opéra 66)

L’idéal à atteindre, le but ultime,
notre Pérou à nous se trouve dans le Cabaret des trois Cousines,
l’antre de tous les vices,
l’espace libre du théâtre,
la place publique où se croisent la rues de l’œuf, la rue des marchands, les parfums de jasmin, les vendeurs de caramels, de biscuits secs et d’infusion de maté.

Le goût de la fête ou plutôt sa nécessité a rendu l'écoute de La Périchole puis la lecture distraite que j'en avais faite plus centrée, plus profonde ; ce ne seront pas des chanteurs qui jouent mais des acteurs qui chantent et m'accompagnent au théâtre, ici, nul orchestre mais un piano, un violoncelle, une clarinette, peut-être une flûte et des accordéons.

Au-delà de la parodie, de l'ironie, de ce qui me semble aujourd'hui une drôle d'histoire, j'ai entrepris de m'interroger sur ce que serait
ma Périchole...
une tragédie... pour qu'on ne l'oublie jamais
une comédie... parce que la beauté du monde parvient à chasser les idées les plus noires
ou tout simplement... une histoire que l'on va chanter.

Julie Brochen

 

"Je suis Micaela de Villegas y Hurtado de Mendoza de Lima [...]
Je pressentais déjà mon goût pour les fêtes, la musique et le vin [...] "
La Périchole - Bertrand Villegas, editions Lattès

 

FEMMES LIBRES

Les figures de femmes libres, en particulier celles ayant vécu de leur art au sein d’une société dominée par les hommes, sont prisées des musiciens postromantiques comme des publics de tradition latine.

A la fin du XIXe siècle, la Traviata, Manon Lescaut, Carmen mais aussi la Tosca, la Gioconda et Adrienne Lecouvreur enflamment les cœurs. La femme émancipée est un objet de fantasme pour le public masculin, et de transfert pour le public féminin.
Parfaitement intégré à la société parisienne depuis son arrivé en France en 1833, à l’âge de 14 ans, Jacques Offenbach se montre attentif aux aspirations de ses contemporains. Sans illusions, les sujets de Napoléon III sont matérialistes et avides de divertissements en tous genres. Pour eux, Offenbach élabore les formules de l’opérette puis de l’opéra bouffe : du rire, de la satire et de la variété dans des intrigues qui relient d’un même mouvement alcôves et cabinets, salons et places publiques. Au centre de ses œuvres, la femme sentimentale et volage, en jupons ou en toge, devient le symbole du Second empire.

Dans le personnage de la Périchole que lui proposent ses librettistes, les brillants Ludovic Halévy et Henri Meilhac, Offenbach trouve tout à la fois une séduisante figure féminine, un emblème de son époque à la fois insouciante et corrompue, et l’affirmation de l’inaliénable liberté de l’art. Personnage historique tout d’abord que cette Périchole, née Micaëla Villegas le 28 septembre 1748 dans la capitale du Pérou. Descendante par sa mère d’une grande famille espagnole mais fille d’un musicien sans fortune, la jeune femme débute sur la scène du Coliseo, le principal théâtre de Lima. Sa beauté et son talent attirent vite l’attention du Vice-Roi, Don Manuel, garant de la loyauté de cette colonie à la couronne d’Espagne. Après une longue liaison scandaleuse qui lui vaut le surnom de «Perricholi » (« chienne de métisse »), Micaëla Villegas finit par se ranger, devient directrice de théâtre et achève dignement ses jours en 1819. Elle meurt entourée des carmélites du monastère de Sainte-Thérèse. En 1828, la conversion de l’actrice mûrie, qu’attestent les annales, inspire à Mérimée la pièce Le Carrosse du Saint-Sacrement. Il s’agit surtout d’une satire politique où le vice-roi caricature assez ouvertement Louis XVIII. La pièce paraît en 1830 dans un recueil pseudonyme que Mérimée prétend avoir traduit de l’espagnol, le Théâtre de Clara Gazul, et la Comédie française la produit sans grand succès en 1850.

Le 6 octobre 1868, Meilhac, Halévy et Offenbach présentent leur Périchole au théâtre des Variétés. Oscillant entre tragédie et satire, les deux actes déçoivent les amateurs d’opéra bouffe. De la brillante jeune première, les trois auteurs n’ont-ils pas fait une pauvre chanteuse des rues ? Ils n’hésiteront pas à reprendre un ouvrage dont le matériau leur tient à cœur et en proposent une nouvelle version, en trois actes, le 25 avril 1875. Dans le rôle-titre triomphe alors la capiteuse Hortense Schneider qui, entre-temps, a ensorcelé le tout-Paris dans La Grande-Duchesse de Gérolstein.

Offenbach sait ce qu’il doit à ses interprètes, en particulier féminines… La figure de cette comédienne au bon cœur, éprise de liberté, leur rend un bel hommage.

En 1953 sort sur les écrans Le Carrosse d’or de Jean Renoir, avec Anna Magnani. Le film adapte librement la pièce de Mérimée, avec une musique puisée dans l’œuvre de Vivaldi.

Hymne à toutes les actrices, parlantes ou chantantes, La Périchole inspire aujourd’hui un metteur en scène, Julie Brochen. Fidèle au livret et à la partition d’Offenbach, Julie Brochen sort la comédienne populaire des dorures lyriques, où notre dévotion pour le répertoire l’avait enfermée, et lui recrée un univers plus conforme à son caractère musical, entre le théâtre sud-américain et le cabaret fin de siècle.