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FEMMES LIBRES
Les figures de femmes libres, en particulier celles ayant vécu
de leur art au sein dune société dominée
par les hommes, sont prisées des musiciens postromantiques comme
des publics de tradition latine.
A la fin du XIXe siècle, la Traviata, Manon Lescaut, Carmen mais
aussi la Tosca, la Gioconda et Adrienne Lecouvreur enflamment les curs.
La femme émancipée est un objet de fantasme pour le public
masculin, et de transfert pour le public féminin.
Parfaitement intégré à la société
parisienne depuis son arrivé en France en 1833, à lâge
de 14 ans, Jacques Offenbach se montre attentif aux aspirations de ses
contemporains. Sans illusions, les sujets de Napoléon III sont
matérialistes et avides de divertissements en tous genres. Pour
eux, Offenbach élabore les formules de lopérette
puis de lopéra bouffe : du rire, de la satire et de la
variété dans des intrigues qui relient dun même
mouvement alcôves et cabinets, salons et places publiques. Au
centre de ses uvres, la femme sentimentale et volage, en jupons
ou en toge, devient le symbole du Second empire.
Dans le personnage de la Périchole que lui proposent ses librettistes,
les brillants Ludovic Halévy et Henri Meilhac, Offenbach trouve
tout à la fois une séduisante figure féminine,
un emblème de son époque à la fois insouciante
et corrompue, et laffirmation de linaliénable liberté
de lart. Personnage historique tout dabord que cette Périchole,
née Micaëla Villegas le 28 septembre 1748 dans la capitale
du Pérou. Descendante par sa mère dune grande famille
espagnole mais fille dun musicien sans fortune, la jeune femme
débute sur la scène du Coliseo, le principal théâtre
de Lima. Sa beauté et son talent attirent vite lattention
du Vice-Roi, Don Manuel, garant de la loyauté de cette colonie
à la couronne dEspagne. Après une longue liaison
scandaleuse qui lui vaut le surnom de «Perricholi » («
chienne de métisse »), Micaëla Villegas finit par
se ranger, devient directrice de théâtre et achève
dignement ses jours en 1819. Elle meurt entourée des carmélites
du monastère de Sainte-Thérèse. En 1828, la conversion
de lactrice mûrie, quattestent les annales, inspire
à Mérimée la pièce Le Carrosse du Saint-Sacrement.
Il sagit surtout dune satire politique où le vice-roi
caricature assez ouvertement Louis XVIII. La pièce paraît
en 1830 dans un recueil pseudonyme que Mérimée prétend
avoir traduit de lespagnol, le Théâtre de Clara Gazul,
et la Comédie française la produit sans grand succès
en 1850.
Le 6 octobre 1868, Meilhac, Halévy et Offenbach présentent
leur Périchole au théâtre des Variétés.
Oscillant entre tragédie et satire, les deux actes déçoivent
les amateurs dopéra bouffe. De la brillante jeune première,
les trois auteurs nont-ils pas fait une pauvre chanteuse des rues
? Ils nhésiteront pas à reprendre un ouvrage dont
le matériau leur tient à cur et en proposent une
nouvelle version, en trois actes, le 25 avril 1875. Dans le rôle-titre
triomphe alors la capiteuse Hortense Schneider qui, entre-temps, a ensorcelé
le tout-Paris dans La Grande-Duchesse de Gérolstein.
Offenbach sait ce quil doit à ses interprètes, en
particulier féminines
La figure de cette comédienne
au bon cur, éprise de liberté, leur rend un bel
hommage.
En 1953 sort sur les écrans Le Carrosse dor de Jean Renoir,
avec Anna Magnani. Le film adapte librement la pièce de Mérimée,
avec une musique puisée dans luvre de Vivaldi.
Hymne à toutes les actrices, parlantes ou chantantes, La Périchole
inspire aujourdhui un metteur en scène, Julie Brochen.
Fidèle au livret et à la partition dOffenbach, Julie
Brochen sort la comédienne populaire des dorures lyriques, où
notre dévotion pour le répertoire lavait enfermée,
et lui recrée un univers plus conforme à son caractère
musical, entre le théâtre sud-américain et le cabaret
fin de siècle.
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