Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez


 

 

 
 
 
 
 
 
 

 


 

Alexandre Volodine

Alexandre Volodine (1919-2001) écrivain et auteur de théâtre, poète et scénariste russe.

Né à Minsk, très tôt devenu orphelin, a fait des études de pédagogie, a travaillé comme instituteur dans un village. Parti au front en 1941, il combat dans les troupes de transmission puis comme sapeur. En 1949, ayant terminé l’École d’études cinématographiques à Moscou, il part travailler à Leningrad. En 1953, il publie ses premières nouvelles. Sa pièce La Fille de la fabrique (1956) le rend célèbre. Toutes les œuvres de Volodine ont connu un grand succès au théâtre et plus tard au cinéma, notamment sa pièce Les cinq soirées (1959), portée 20 ans plus tard à l’écran par Nikita Mikhalkov, allait devenir un film culte de l’époque de la stagnation. Parmi ses autres œuvres citons : Ma sœur ainée (1961), L’idéaliste (1962), Deux flèches (1967), Le lézard (1969), Ne vous séparez pas de ceux qui vous aimez (1970)...

Dans le théâtre soviétique, Volodine était un des rares auteurs qui affirmait d’une pièce à l’autre le droit de l’homme à la vie privée, aux attachements personnels, à la solitude. Il parlait de la faiblesse, de l’incompréhension de l’entourage, de la force pesante de "l’opinion commune" aveugle. Volodine présenta sur scène un héros inédit à l’époque : ni leader, ni réformateur, ni militant, mais un homme dont le trait principal était la probité. Il a su changer la tonalité même de l’écriture théâtrale soviétique.

Le metteur en scène russe Youri Pogrebnitchko aime entrer dans une œuvre de la littérature et du répertoire russe par la porte de derrière, il aime aussi fureter dans son grenier plein de souvenirs assoupis, il aime encore contempler une oeuvre depuis un jardin voisin, pour mieux la voir. A Moscou, son théâtre s’appelle « à côté » (il est à côté de la maison de Stanislavski), on y rentre comme chez soi par la porte d’un immeuble moscovite ordinaire.

Et Pogrebnitchko est comme chez lui chez Alexandre Volodine (1919-2001) qui écrivait des pièces faites de petites touches ordinaires avec des personnages qui font ce qu’ils peuvent loin de tout héroïsme soviétique. De ses « Cinq soirées », Mikhalkov fera un film inoubliable.

Dans les dures années soviétiques, Volodine sut naviguer entre les gouttes, sans se compromettre, demeurant digne. Quand on commença à interdire ses pièces, il se mit à écrire des scénarios. Pour travailler avec les élèves de l’ERAC, Pobrenitcko a choisi Ne vous séparez pas de ceux que vous aimez, un bouquet de saynètes écrites en 1970. Il y glisse une page de Crime et Châtiment de Dostoievski.

Du pur Pogrebnitchko.


Jean-Pierre Thibaudat

retour