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ONCLE VANIA
du 10 mai au 26 juin 2005

 

Le 14 janvier 1900, Oncle Vania est créé au Théâtre d’Art de Moscou.

Dans une lettre adressée à Tchekhov, Gorki écrit : «J’ai vu ces jours-ci Oncle Vania - j’ai vu et j’ai pleuré comme une bonne femme, même si je suis loin d’être un homme nerveux, je suis rentré chez moi abasourdi, chaviré par votre pièce [...] c’était comme si on me sciait en deux avec une vieille scie. Les dents vous coupent directement le cœur, et le cœur se serre sous leurs allées et venues, il crie, il se débat. Pour moi, c’est une chose terrifiante. Votre Oncle Vania est une forme absolument nouvelle dans l’art dramatique, un marteau avec lequel vous cognez sur les crânes vides du public [...] Dans le dernier acte de Vania quand le docteur, après une longue pause, parle de la chaleur qu’il doit faire en Afrique - je me suis mis à trembler d’enthousiasme devant votre talent, et à trembler de peur pour les gens, pour notre vie, misérable, incolore. Quel drôle de coup - et comme il est précis - vous avez frappé là !…»

Reprendre Vania, c’est assister de nouveau à ce «drôle de coup» dont parle Gorki…

Pour nous tous, c’est comme un rendez-vous entre nous et avec vous, autour d’une idée de répertoire que nous inventons ensemble.

Julie Brochen


L’histoire

Le vieux professeur Sérébriakov est venu se retirer à la campagne, dans la maison de sa première épouse. Cette arrivée perturbe la vie paisible de Sonia, la fille du professeur, et d'oncle Vania, qui à eux deux exploitent tant bien que mal le domaine. D'autant que l'attention des proches, y compris celle de Vania, se cristallise bientôt sur Eléna, la seconde et très désirable épouse.


L’auteur

Anton Tchekhov, médecin et écrivain, s'est attaché, au fil de sa vie comme dans son œuvre, à dépeindre l'existence et la souffrance de ses contemporains, soulignant l'échec, la vacuité du quotidien, la pesanteur du temps qui passe, l'effondrement des rêves, la dilution des ambitions. Dans ses pièces de théâtre comme dans ses nombreuses nouvelles (on en a retrouvé pas moins de 588), il désigne la noirceur du monde avec compassion, détachement stoïcien et drôlerie, et propose une vision à la fois lucide et tragi-comique de la condition humaine. Les pièces de Tchekhov seront montées au Théâtre d'Art de Moscou par Constantin Stanislavski. Leur tonalité nouvelle, entre symbolisme et matérialisme psychologique, l'amènera à développer une théorie du jeu de l'acteur basée sur la recherche de la sincérité et sur l'intériorité des personnages.


Du point de vue de la traduction

Oncle Vania est, dans l’œuvre de Tchekhov, le point où se marque le plus clairement le passage des pièces de jeunesse (de Platonov à L’Homme des Bois) aux pièces de la maturité (La Mouette, Les Trois Sœurs, La Cerisaie). Ce passage correspond très précisément au vacillement de L’Homme des Bois à Oncle Vania : nous avons là deux pièces semblables et radicalement différentes, posant des problèmes semblables et apportant des réponses divergentes. Avec Oncle Vania, ce que Tchekhov choisit de chercher, c’est la concision, la précision du détail, et surtout le travail en constellation, par motifs diffusant le thème central ; en cela réside sans doute la nouveauté majeure de son théâtre et ce qui en assure encore la force novatrice. On croit avoir affaire à un travail réaliste, à un théâtre social invitant à se pencher sur des problèmes plus actuels que jamais, et tout cela est vrai, mais il s’agit désormais de cela et de tout autre chose : désormais, l’essentiel est le travail du motif, la prise en compte de chaque élément dans ses relations avec les autres.

Soit un thème de base : un état d’accomplissement tel que certaines familles ont pu en connaître au XIXe siècle en Russie ; une vaste maison de maître au milieu d’un domaine où se rencontrent des personnes rêvant de faire naître un monde meilleur, en harmonie avec les forêts splendides qui entourent le domaine. Splendide (prekrasny) est le mot clé d’Oncle Vania mais il répond au mot vulgaire, banal (pochly) et tout l’effort des uns pour vivre selon la beauté du monde s’enlise dans la banalité, cependant que les autres la détruisent en tenant des discours d’esthètes.

Peu importe l’histoire mise en place dans L’Homme des Bois et reprise dans Oncle Vania : qu’un professeur imbu de lui-même, un spécialiste d’esthétique, s’arroge le droit de disposer du domaine, et mette au service de son savoir creux toutes les énergies disponibles, ce n’est là qu’un cas très banal ; que celui qui s’est sacrifié pour ce hareng saur académique se révolte soudain et ne trouve personne pour relayer cette révolte, ce n’est encore que banalité ; mais que la révolte s’exprime en termes splendides par leur banalité et que la réponse s’exprime en termes vulgaires par leur splendeur même, c’est ce qui fait que la pièce nous parle, dit notre vérité, maintenant. Ces personnages jetés là, ils sont prisonniers, comme nous le sommes, d’un jeu faussé. Nous voulons, comme eux, échapper à ce jeu faussé et nous ne faisons que tisser plus étroitement les liens qui nous lient à ce que nous refusons.

André Markowicz et Françoise Morvan

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