LES
INROCKUPTIBLES
21/27 MAI 2003
Oncle Vania
de Tchekhov est la première mise en scène de Julie
Brochen dans le théâtre quelle dirige depuis
lannée dernière, le Théâtre
de lAquarium à la Cartoucherie de Vincennes.
Je
ne vais pas vous faire le résumé de lintrigue,
celle-ci, comme dans tous les chefs duvres de Tchekhov,
nest quun prétexte pour entrer dans linsondable
espace intérieur de lâme humaine. Précisément,
la maîtrise de lespace et du temps est une des vertus
de la mise en scène de Julie Brochen. Face aux spectateurs,
théâtre dans le théâtre, des gradins
bâchés sont comme le grand vestibule de la maison
de campagne dont Oncle Vania tient le plafond depuis 25 ans.
Dans cette sphère viennent sinscrire les mots,
les pas, les gestes et les silences de chacun des personnages.
Cest là que ça se déroule pour tous
ces êtres au bout du rouleau. Au bout du rouleau, sauf
pour la vieille nourrice fertile, la jeune fille au désir
encore vert (fantastique Julie Denisse), le génie de
la maison (Bernard Gabay aérien), et puis le médecin
de famille, écologiste avant la lettre : "Lhomme
détruit ce quil na pas créé"
dit ce prophète, Pierre Cassignard est parfait dans le
rôle. Quant aux autres, ils ne savent plus très
bien pourquoi ils vivent. Le professeur à la retraite
(Jean-Paul Roussillon), vieux schnock lucide, Oncle Vania, bientôt
quinquagénaire jamais sorti de son trou (exceptionnel
François Loriquet). Et puis la jeune épouse du
vieux prof (planante Jeanne Balibar) : à 27 ans, elle
ne sait pas quoi faire de son corps, pour tromper lennui
elle grignote, et pour conclure une dispute familiale, elle
vous sort : "Quand même, il fait beau."
Il
y a dans ce spectacle tous les vertiges du sens qui nappartiennent
quà Tchekhov et tout son humour noir, cette nonchalante
ironie, qui fait rire sombre et pleurer clair.
Jean-Marc
Stricker
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