PARISCOPE
DU 28 MAI AU 3 JUIN 2003
Oncle
Vania
amours contrariés
Une
vision personnelle et séduisante de l'uvre de Tchekhov
Julie
Brochen présente sa première mise en scène,
"Oncle Vania" d'Anton Tchekhov. La pièce débute
dans le foyer du public, agrémentée de quelques
ponctuations musicales et se poursuit dans une deuxième
salle aménagée pour l'occasion dans un décor
dépouillé et une scénographie bi frontale.
Vania (François Loriquet) s'épuise à gérer
un domaine qui appartenait à sa sur, aujourd'hui
disparue. Il est aidé dans cette tâche ingrate
par sa jeune nièce Sonia (Julie Denisse). Le domaine
est maintenant la propriété de son beau-frère
Serebriakov (Jean-Paul Roussillon) qui l'a héritée
de feue sa première femme.
L'arrivée
de Serebriakov et de sa jeune et nouvelle épouse Elena
(Jeanne Balibar) chamboule toute la maisonnée. Depuis
qu'ils sont là, il n'y a plus d'heures pour les repas,
ni pour le thé, et les nuits sont difficiles car le vieil
homme a des insomnies. Vania aussi passe des nuits pénibles
car la nouvelle épouse est très belle. Il est
amoureux, tout comme son ami Astrov (Pierre Cassignard), médecin
et humaniste, qui vient souvent au domaine pour soigner Serebriakov.
Comment se peut-il qu'une belle jeune femme puisse aimer un
vieil homme ventripotent, tyrannique, prétentieux et
fausse gloire, dont l'intelligence se révèle insignifiante
depuis qu'il est à la retraite ? Elena reste pourtant
fidèle à ce vieux mari. Peut-être ne veut-elle
pas s'engager dans une liaison délicate.
En
cette fin d'été, le temps s'effiloche. Vania et
sa nièce Sonia ont rêvé de bonheur mais
le destin en a voulu autrement. Chaque personnage est au bout
de son chemin et la mélancolie est palpable. Julie Brochen
a réuni une distribution homogène et brillante
avec une révélation, François Loriquet,
dans la peau d'un Vania rageur, exalté, désabusé.
Pierre Cassignard, médecin des hommes et des âmes,
protecteur de la forêt, est un homme fragile, passionné
mais solitaire. Egoïste, odieux, narcissique, Jean-Paul
Roussillon est prodigieux. Perchée sur ses vertigineux
talons, jouant de sa voix étrange, Jeanne Balibar est
une Elena sensuelle, fatale et bouleversante. Une belle réussite.
Arlette
Frazier
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